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Rénovation de ponts: «Il y a du pain sur la planche»

Pour garder les ponts en bon état, il faut d’importants moyens financiers, mais aussi des spécialistes en la matière, deux ressources dont la disponibilité ne va pas de soi. Pour le maintien de substance, y a-t-il une différence entre les ponts des routes cantonales et ceux des routes nationales? Laurent Meyer, spécialiste en ouvrages d’art à l’Office fédéral des routes et Markus Wyss, ingénieur en chef de l’arrondissement AIC I Oberland bernois, débattent sur ce thème.

 

Monsieur Meyer, le titre de la rubrique Focus «Nos ponts sont-ils solides?» de cette newsletter est un brin provocateur. Les ponts du réseau routier national ont-ils besoin d’être rénovés?

Laurent Meyer: Oui, assurément. Nos ponts prennent de l’âge, sont toujours plus fréquentés et doivent supporter des charges de plus en plus lourdes. Surveiller leur état et prendre les mesures qui s’imposent est primordial. L’opinion publique est très sensible aux cas de ponts qui se détériorent ou qui s’écroulent. Nous avons pu le constater lors de l’effondrement du pont autoroutier de Gênes.

Markus Wyss, Ingénieur en chef AIC I Oberland bernois (à g.) et Laurent Meyer, Spécialiste Ouvrages d’art et tunnel à l’OFROU.

Agrandir l'image Markus Wyss, Ingénieur en chef AIC I Oberland bernois (à g.) et Laurent Meyer, Spécialiste Ouvrages d’art et tunnel à l’OFROU.

Quel est l’état des ponts autoroutiers en Suisse?

Laurent Meyer: Le rapport d’état des routes nationales 2019 publié sur le site Internet de l’OFROU donne toutes les informations à ce sujet. Selon la base de données, 89 % de nos ponts sont dans un état bon ou acceptable et 10 % d’entre eux présentent des dommages de gravité moyenne nécessitant une surveillance accrue. Moins d’un pour cent des ponts révèlent des dommages importants et devront être rénovés ou remplacés au cours des prochaines années, même si la sécurité structurale et la sécurité routière continuent à être garanties. En règle générale, nous rénovons les ponts lorsque des mesures d’agrandissement, d’élargissement ou d’adaptation de la charge doivent être réalisées, si possible dans le cadre de la planification de l’entretien des routes nationales.

 

Monsieur Wyss, les ponts autoroutiers seraient donc en meilleur état que les ponts des routes cantonales?

Markus Wyss: Les valeurs sont moins bonnes en effet. Le problème, c’est que les ponts des routes cantonales sont en moyenne plus âgés que ceux des routes nationales.

Laurent Meyer: C’est exact. Près de la moitié des ouvrages d’art des routes nationales ont toutefois été construits entre 1960 et 1975, à une époque où le béton était largement utilisé dans les constructions, mais où l’on avait encore peu d’expérience avec le processus de vieillissement de ce matériau. Ces ponts sont aujourd’hui particulièrement vulnérables.

Markus Wyss: Dans les années 1960 et 1970, le mot d’ordre en matière de construction était «plus fin», et pas seulement pour les ponts, c’était aussi le cas dans le bâtiment. Les ponts étaient plus délicats qu'autrefois. Dans les années 1980, les effets négatifs des chlorures sur le béton ayant été reconnus, des ouvrages plus robustes ont à nouveau été construits. Pour les ponts en béton, on a appris des erreurs du passé et les ouvrages plus récents sont plus durables, plus sûrs et plus faciles à entretenir. Et ils sont surtout plus étanches à l’eau et aux chlorures. Sur les 500 ponts que compte l’Oberland bernois, 200 ne sont pas encore étanchéifiés.

Laurent Meyer: Oui, il est déterminant que tous les ponts soient imperméables à l’eau. Cela est aussi valable pour les nombreux vieux ponts en pierre, très résistants par ailleurs. Le pont en molasse de la Glâne à Fribourg a survécu à deux générations de ponts (Zaehringen et Gottéron), tout comme le pont du Nydegg, son «grand frère» de Berne.

 

Un très grand nombre de travaux de rénovation, qui exigeront d’importantes ressources financières et personnelles, se profile à l’horizon, aussi bien pour les routes cantonales que pour les routes nationales.

Markus Wyss: L’argent est un aspect, la disponibilité de spécialistes en est un autre. C’est ce dernier point qui me préoccupe le plus. Nous aurions urgemment besoin d’ingénieurs qui savent comment «soigner» des ponts en mauvais état, mais nous n’en trouvons pas! Je le remarque quand je souhaite recruter ou lorsque je mandate des bureaux d’ingénieurs. Ils sont en général débordés et sont eux-mêmes à la recherche de personnel qualifié.

Laurent Meyer: Nous avons aussi du mal à trouver des spécialistes, mais nous avons certainement des avantages au niveau des conditions d’engagement. La situation est plus difficile pour les bureaux privés.

 

L’OPC se penche activement sur la problématique du personnel spécialisé et a mandaté une étude.

Markus Wyss: Une entreprise spécialisée recueille pour nous des informations de base pour savoir quels sont les besoins en rénovation au cours des prochaines années, mais aussi les finances et les spécialistes nécessaires pour y répondre.

 

Quelles seront les pistes à explorer?

Markus Wyss: Outre l’aspect de la spécialisation, nous devrons aborder des questions essentielles: comment faire connaître aux jeunes, et tout particulièrement aux femmes, les atouts du métier d’ingénieur? Je suis convaincu que nous avons encore des progrès à faire dans la branche, notamment en termes de temps partiel.

 

Dernière question: aurons-nous besoin de nouveaux ponts à l’avenir? Notre réseau de routes est achevé, non ?

Laurent Meyer: Le réseau des routes nationales n’est pas tout à fait achevé (sourire). En ce qui concerne les ponts, il s’agira principalement de remplacer les ponts existants devant être transformés, agrandis, renforcés ou rénovés.

Markus Wyss: Il en va de même pour les routes cantonales. Il s’agira surtout d’utiliser efficacement le réseau existant et de garantir le maintien de la substance. De nouvelles routes (de contournement) et de nouveaux ponts seront l’exception. Mais attention aux dangers naturels: dans l’Oberland bernois, certains ponts devront être remplacés parce que leur capacité d’écoulement est insuffisante en cas de crue!

 
 

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